Instant classique – 30 mai 1962… 56 années jour pour jour. Benjamin Britten, né en 1913, n’avait pas directement connu les horreurs de la Grande guerre, mais cet antimilitariste, objecteur de conscience – ce qui lui valut pas mal d’ennuis – n’a, au moment de la Seconde Guerre mondiale et ensuite, jamais cessé de proclamer sa haine de la guerre.

L’inauguration de la cathédrale restaurée de Coventry, dévastée par les bombardements de 1940, ce 30 mai 1962, lui donna donc l’occasion d’exprimer sa terrible angoisse face à cette sorte de génie qu’ont les hommes à s’étriper régulièrement, depuis toujours et sans doute pour toujours.

Il mélangea donc les textes du poète Wilfred Owen, lui-même tué quelques jours avant l’armistice de 1918 et que Benjamin Britten tenait pour le plus grand poète anglais, avec le texte liturgique classique de la Messe des morts. La partition est dominée par l’anxiété, le pessimisme, l’effroi.

Comme pour le Requiem de Giuseppe Verdi, auquel Benjamin Britten emprunte parfois quelques influences parmi cent autres, j’ai choisi le « Libera me », dans lequel comme Verdi, Britten reprend quelques échos du « Dies Irae », et mêle finalement les soldats morts vers une lumière un peu voilée, accompagnés par les chœurs d’enfants, puis le grand chœur, alors qu’ils leur chantent doucement « Let us sleep now ». Au lendemain des commémorations de la boucherie de Verdun, le triste écho de tous les deuils engendrés par la folie des hommes.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »