Instant classique – 4 juin 1908… 111 ans jour pour jour. Frederick Delius, le plus français des compositeurs anglais il s’est installé en France en 1889 et mourra à Grez-sur-Loing, non loin de Moret, le village de Sisley, en 1934 , a conservé de la tradition musicale britannique le goût pour les grandes fresques chorales, qui font le sel de la musique amateur (de haut niveau) outre-Manche.

C’est le chef allemand Fritz Cassirer, grand admirateur de la musique de Delius, qui lui suggère au milieu des années 1890, de composer un oratorio sur Ainsi parlait Zarathoustra de Nietszche. Bien des points rapprochent le compositeur du philosophe, et notamment la jeunesse de Delius, baroudeur parti à la découverte du monde avant de venir jouer à l’ermite de Grez. C’est un peu l’artiste idéal, idéalisé par Nietzsche.

Point de Dieu là derrière, mais la grandeur de l’être humain, la supériorité du surhomme mais aussi son caractère éphémère. Nietzsche lui-même considérait son œuvre comme un poème « musical », magnifié par Richard Strauss au moment même où Cassirer lui souffle cette idée.

Il faut dix ans à Delius pour venir à bout de l’oratorio géant qu’il imagine, et auquel il donne le nom de Mass of life, comme un pied de nez à la liturgie religieuse. Cette « messe » est divisée en onze mouvements répartis en deux chapitres traversés de lumière et de grandeur. Elle dure pas moins d’une heure trente et est créée non pas en Angleterre, mais à Munich, chez Cassirer, lors d’un festival, voici tout juste cent onze ans. Elle est plutôt bien accueillie. Un critique écrit : « Ce que Wagner fut à Weber, M. Delius l’est à M. Debussy. Plus complet, plus organique, plus fort, il est tout aussi subtil et multi-nuancé […] On sait d’où on part, par où l’on va, où l’on aboutit ».

Où vais-je et dans quel état j’erre, voici un bon résumé de la philosophie nietzschéenne et de sa mise en musique par Delius, avec ici le début exalté de l’Invocation, qui ouvre cette œuvre hors-normes.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »