Instant classique – 5 avril 1919… 102 ans jour pour jour. Darius Milhaud compose un quatuor à l’atmosphère un peu étrange, créé par un quatuor entièrement féminin : le Quatuor Capelle. C’est à partir de cette création que naît, bon gré mal gré, le fameux Groupe des 6 !

Comme on le sait, en suivant Paul Claudel au Brésil, Darius Milhaud y a découvert tout un monde foisonnant qui exercera sur lui une fascination très durable, tout comme une influence pour sa musique. Avant d’y partir, il figurait avec cinq autres compositeurs dans un groupe constitué autour de Jean Cocteau et qu’on allait appeler le Groupe des 6, aux orientations communes, mais aux styles divers, qui avait d’ailleurs l’habitude de se réunir chez Milhaud. Les voisins devaient être contents !

Parti au Brésil, Milhaud commence à intégrer ces impressions musicales nouvelles dans ses œuvres. Il en est ainsi du séduisant et lancinant quatuor à cordes n°4, qu’il compose en 1918 et qu’il dédie à Félix Delgrange. C’est d’ailleurs ce dernier, à la fois musicien et mécène, qui organisera un concert réunissant quelques compositeurs du fameux groupe informel constitué par Cocteau. Durant ce concert, donné à la salle Huyghens à Paris, on joue des œuvres de Louis Durey et ce quatrième quatuor de Milhaud, créé par un quatuor entièrement féminin, le Quatuor Capelle. Ce court quatuor est en trois mouvements, Vif-Funèbre-Très animé, à l’atmosphère un peu étrange, notamment cette marche funèbre lancinante, sur un ostinato obsédant, avant un finale joyeux.

Or c’est après ce concert, comme le raconte avec un agacement perceptible Milhaud lui-même dans sa merveilleuse autobiographie, que le critique Henri Collet écrit un article intitulé « Les Cinq Russes et les Six Français », en référence au fameux groupe constitué à Saint-Pétersbourg quelques décennies plus tôt avec Balakirev, Cui, Rimsky-Korsakov, Moussorgski et Borodine.

« D’une façon totalement arbitraire, il [Collet] avait choisi 6 noms ; ceux d’Auric, de Durey, d’Honegger, de Poulenc, de Tailleferre et le mien, simplement parce que nous nous connaissions, que nous étions bons camarades et que nous figurions aux mêmes programmes ; sans se soucier de nos natures dissemblables ! Auric et Poulenc se rattachaient aux idées de Cocteau, Honegger au romantisme allemand et moi au lyrisme méditerranéen. Je désapprouvais foncièrement les théories esthétiques communes et les considérais comme une limitation, un frein déraisonnable à l’imagination de l’artiste qui doit trouver pour chaque œuvre nouvelle des moyens d’expression différents et souvent opposés; mais il est inutile de résister ! L’article de Collet eut un tel retentissement mondial que « Le Groupe des Six » était constitué et j’en faisais partie, que je le veuille ou non. »

Ainsi raconte Milhaud. Ce sera du coup le début des « Concerts des Six »… Ou comment faire contre mauvais cœur bonne fortune !

Cédric MANUEL

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Rubrique : « Le saviez-vous ? »