Instant classique – 5 octobre 1880… 140 ans jour pour jour. Le grand compositeur Jacques Offenbach, « l’oiseau-moqueur » de son temps, meurt de crises de goutte, alors que son grand « opéra-féérique », Les Contes d’Hoffmann, est sur le point d’être achevé. Il deviendra un chef-d’œuvre posthume.

À la fin des années 1870, Jacques Offenbach paraît prématurément vieilli, comme le montre une célèbre photographie de Nadar en 1878 (cf. photographie de Une), alors qu’il n’a pas soixante ans. La fin du Second Empire a été éprouvante pour lui, identifié presque comme un musicien « officiel », alors qu’il en était surtout le poil à gratter, « l’oiseau-moqueur » comme on le surnommait.

Né à Cologne, il est victime des violents sentiments anti-allemands qui se déchaînent en 1870-71 et il quitte Paris. Lorsqu’il y revient, rien n’est plus tout à fait pareil. Mais il retrouve le succès et termine par La Fille du tambour-major, sa meilleure opérette de ces années-là. Il veut pourtant autre chose. Lui, l’amuseur, veut démontrer qu’il sait composer autre chose. Il l’avait d’ailleurs déjà fait, au début de sa carrière avec, par exemple Les Fées du Rhin.

Son grand dessein, lui qui se sent faiblir irrémédiablement sous les coups des terribles crises de goutte qui le rongent, c’est d’avoir le temps de terminer son grand « opéra-féérique » : Les Contes d’Hoffmann. Est-ce un hasard, finalement, si la célèbre barcarolle des Contes d’Hoffmann, est en fait réutilisée de ses Fées du Rhin ? Il rêve de l’achever, mais une dernière crise de goutte lui coupe littéralement le souffle et son cœur s’arrête ce 5 octobre 1880. Il aura droit à des funérailles d’État.

Même si Les Contes d’Hoffmann seront bien achevés par Guiraud, ils n’auront jamais le visage qu’Offenbach voulait leur donner, malgré toutes les tentatives de raccommodage, de collages et de rafistolage. Et pourtant, c’est quand même un chef-d’œuvre. Voici un finale « possible », aujourd’hui largement utilisé à la place du chœur des étudiants, et plus juste aussi, lorsque la muse vient chercher un Hoffmann terrassé par l’alcool et le tire à nouveau vers le haut.

Les paroles du livret sont comme une référence à Offenbach lui-même et à ses derniers mois de douleur. Sa musique, soudain solennelle, presque grandiose, ne fait plus rire du tout :

« Des cendres de ton cœur
réchauffe ton génie,
dans la sérénité
souris à tes douleurs!
La Muse apaisera
ta souffrance bénie,
ta souffrance, ta souffrance bénie…
Hoffmann [répétant doucement]
[…]
On est grand par l’amour
et plus grand par les pleurs. »

Cédric MANUEL

 



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »