Instant classique – 6 novembre 1936… 84 ans jour pour jour. Rachmaninov compose sa troisième symphonie, œuvre qui reçoit un accueil mitigé mais que le compositeur ne cessera jamais de considérer comme l’une des ses meilleurs.

Lorsqu’il présente sa troisième symphonie à Philadelphie, sous la direction de Leopold Stokowski (le chef dont on voit l’ombre chinoise dans Fantasia de Disney), Sergueï Rachmaninov n’a plus rien écrit pour l’orchestre seul depuis plus de vingt-cinq ans. L’envie de composer une nouvelle œuvre sous cette forme lui trotte dans la tête au début du printemps 1935, alors qu’il s’installe dans sa nouvelle Villa Senar près de Lucerne en Suisse. Mais la composition n’est pas évidente.

Il met soixante-dix jours pour écrire deux des trois mouvements que comporte la partition. Mais le dernier tiers lui prend plus d’un mois. Il est pressé par le temps, car il doit entamer une nouvelle saison en tant que concertiste – n’oublions pas qu’il est considéré comme l’un des plus grands pianistes de tous les temps. Il ne terminera cependant sa partition que le 30 juin 1936 et « rend grâce à Dieu de [lui] avoir permis d’arriver au bout de ce travail » si difficile pour lui.

La création de Philadelphie ne se passe cependant pas très bien. Les critiques se disent « déçus » pour la plupart, mais se divisent, certains saluant une œuvre de conception très intéressante. Mais le public, lui, n’apprécie pas ce qu’il entend. L’œuvre est en effet très différente de ses opus précédents, y compris pour la musique concertante. Il s’attendait à une symphonie plus « traditionnelle », alors que Rachmaninov, sans trahir ses idéaux, profondément attachés à la tonalité, joue quand même la modernité, avec davantage de transparence et de clarté que dans ses compositions précédentes pour orchestre, également un peu moins d’emphase si on veut.

Rachmaninov, sans doute moins sensible aux critiques que durant sa jeunesse – on se souvient de la violence extrême de la dépression qu’il avait dû affronter après l’échec de sa première symphonie, presque quarante ans auparavant – ne cessera jamais de considérer sa troisième symphonie comme l’une de ses meilleures œuvres.

Dans le dernier mouvement, que j’ai choisi ici, il fera figurer le thème du Dies Irae, véritable obsession qui revient dans de nombreuses compositions, des plus anciennes aux plus contemporaines. Sa dernière œuvre, Les Danses symphoniques, s’achèvera aussi avec ce thème lancinant. Mais la fin de la troisième symphonie n’a rien d’un Requiem : vitalité, rythme, percussions trouvent une place étourdissante, très caractéristique, au demeurant, des œuvres de Rachmaninov.

Cédric MANUEL

 



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