Instant classique – 9 février 1885… Alban Berg fête aujourd’hui son 136e anniversaire ! Connu pour son style audacieux, atonal, dodécaphonique, le compositeur l’est moins pour ses lieder de jeunesse, qu’il orchestre à la demande de sa femme vingt ans plus tard. Sept œuvres très belles et tout à fait accessibles…

Dans sa jeunesse viennoise, Alban Berg n’est jamais allé au conservatoire et a longtemps hésité entre musique et poésie. Il a appris la musique en autodidacte et a commencé à composer des lieder après la mort de son père, au début du XXe siècle. On pense qu’il en a écrit près d’une centaine entre 1901 et 1907 et c’est d’ailleurs en lisant certains d’entre eux qu’Arnold Schoenberg admet ce jeune admirateur de Wagner auprès de lui pour en faire son élève. Il bâtira peu à peu son style très audacieux, atonal, dodécaphonique mais sans grand succès. C’est le triomphe de Wozzeck en 1925 qui le sort d’une situation matérielle précaire.

S’il a commencé par des lieder, Berg n’a pas pour autant admis qu’on en conservât la moindre trace. Il les a interdit et en a même détruit plusieurs. Mais bien des années après, alors qu’il a épousé Hélène Nahowsky – considérée comme la fille naturelle de l’empereur François-Joseph, qui a été l’amant de la mère d’Hélène pendant quinze ans, celle-ci lui demande de reprendre certains de ces lieder, au moins par amour pour elle. Berg en orchestre donc sept en 1928.

Ces sept lieder de jeunesse peuvent donc être considérés comme sa première œuvre, mais ça ne veut pas dire grand chose, tant ils sont différents avec l’orchestration qu’il leur a donnée plus de vingt ans après les avoir composés. Dans ces lieder, il est beaucoup question de douceur, d’amour et même de bienfait de la vie conjugale (Im zimmer, Sommertage…). Les deux sommets de l’œuvre sont Schilflied (« chant des roseaux »), sur un poème de Lenau, et Traumgekrönt (« Couronné de rêves »), d’après Rainer Maria Rilke. Mais les cinq autres sont très beaux également et tout à fait accessibles, pour ceux qui auraient peur d’écouter du Berg de bon matin.

Et puis là, vous pouvez y aller tranquilles, c’est Jessye Norman qui chante, parfaitement accompagné par Pierre Boulez et l’orchestre symphonique de Londres, en concert à Tokyo en 1995.

Cédric MANUEL

 



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »