L’heure est à la recherche désespérée d’une solution pour pouvoir rouvrir les lieux de spectacles en respectant, entre autres, les consignes de distanciation sociale ou physique… Notre chroniqueur ébauche quelques pistes de réflexion à ce sujet.

Vagabondage théâtral

L’heure est à la recherche désespérée d’une solution pour pouvoir rouvrir les lieux de spectacles en respectant, entre autres, les consignes de distanciation sociale ou physique laquelle, faut-il le préciser, n’a strictement rien à voir avec le phénomène de distanciation jadis prôné par l’éternel BB. Les uns, côté praticiens, se demandent comment résoudre la quadrature du cercle, à savoir maintenir dans la salle, entre deux spectateurs, une distance d’un ou deux sièges (!), une fois le casse-tête de l’entrée dans le théâtre, souvent dans la bousculade et le brouhaha, franchi ; les autres, côté responsables de la santé publique, s’évertuent, eux, à expliquer que de telles mesures sanitaires ne sauraient être transgressées d’une manière ou d’une autre. Là où très curieusement les deux camps se rejoignent, c’est qu’ils partent tous du principe que les théâtres sont forcément pleins et vont continuer à l’être !

Une longue pratique ici et là en tant que spectateur de ces lieux m’oblige à dire que ce n’est franchement pas toujours le cas. Autrement dit, certaines salles de spectacles peuvent bien ouvrir leurs portes en grand, la distanciation sociale sera plus que respectée par la force des choses. Et oui, il faut bien l’avouer, certains lieux n’ont pas de souci à se faire, et cela quelle que soit la qualité du spectacle proposé. Je me souviens ainsi – j’étais alors lycéen – du spectacle de Maurice Béjart sur une musique de Pierre Henry, La Reine verte au théâtre Hébertot, avec le danseur Jean Babilée et Maria Casarès. Il y avait si peu de monde que le prix des places avait été largement revu à la baisse avec uniquement deux catégories plutôt bon marché. J’avais acheté une place au poulailler, mais l’on m’invita gentiment de descendre à l’orchestre pour faire nombre, si je puis employer cette expression. Et encore, nous n’étions qu’une petite poignée à assister à l’événement (c’en était vraiment un !).

Il arrive souvent qu’au moment du lever le rideau, ou ce qui en tient lieu, les ouvreurs invitent les spectateurs à « descendre » de leurs balcons et autres poulaillers, histoire d’occuper les places vides du parterre… une aubaine pour les désargentés qui sont souvent de vrais fanatiques de l’art théâtral. La solution concernant notre histoire de déconfinement consisterait à laisser chacun à sa place, si celle-ci est bien éloignée des autres ! Des salles vides ou quasiment vides, en dehors des jours de premières et de générales, des jours « normaux », nous en connaissons plus que de raison, et même parfois dans de grandes maisons.

Une autre solution consisterait à voir les spectacles au moment du dernier filage. Là, pas de problème : il n’y a guère, disséminées ici et là, que quelques personnes de l’équipe au travail auxquelles viennent parfois s’ajouter un ou deux amis des uns ou des autres… Voyons donc les spectacles lors de leurs ultimes répétitions comme le font déjà quelques critiques ultra « bookés » trop heureux d’assister à ce type très spécial de représentation qui leur permet de libérer une petite case dans leurs plannings surchargés. Cela ne les empêche pas ensuite de faire leur critique en toute bonne conscience comme si de rien n’était. D’ailleurs, si on veut être exact, les générales s’appellent dans leur intitulé complet : répétitions générales, alors…

Jean-Pierre HAN

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Critique dramatique et rédacteur en chef des Lettres Françaises, directeur de la publication et rédacteur en chef de Frictions, Jean-Pierre Han est une des plumes incontestées du monde théâtral, privilégiant une approche essentiellement politique. “Vagabondage théâtral” est sa chronique mensuelle pour les lecteurs de Profession Spectacle.