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Ce qu’on ne peut pas faire…

Ce qu’on ne peut pas faire…
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Depuis que la censure ne fait plus taire, ou si rarement sous nos latitudes à prétentions démocratiques, c’est elle qui parle. Car oui, la censure parle. À mort, même. Le champ du théâtre a été ainsi réduit en spectacle vivant.

Restez chez vous
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Elle est en ruines, la cité du néant,
toute maison est fermée, on ne peut entrer.
Isaïe

 Ce qui m’intéresse au théâtre, c’est ce qu’on ne peut pas y faire. C’est ce que je disais à la fin de ma précédente chronique.

Et ne comptez pas sur moi, cette fois, pour faire une pirouette de cette sorte : ce qu’on ne peut pas y faire, il faut le faire quand même. Non. Ce qu’on ne peut pas y faire, on ne peut pas le faire. Point. Et ça n’a aucun intérêt, plus aucun intérêt, donc, d’essayer de l’y faire.

Sauf à avoir du temps et du fric à foutre en l’air. Il est vrai, d’un simple point de vue narcissique, et ce point de vue sans doute a tout envahi, qu’il est beaucoup plus intéressant de faire du théâtre que d’en voir.

Quant à ce qu’on peut y faire – la liste serait interminable –, ça ne m’intéresse pas beaucoup. Ou comme symptôme. Et encore. L’insignifiance et l’idéologie se partagent le terrain. Le tout agrémenté de contorsions d’une élégance douteuse.

Dans les deux cas, c’est la censure qui parle. Car oui, la censure parle. À mort, même.

On me dira qu’il est encore possible à un théâtre qui soit vraiment théâtre d’exister encore. C’est vrai. On peut aussi apprendre l’art de l’enluminure ou se payer un costume authentique de chevalier. Avec un cheval, c’est classe, un cheval. Et même avec une vraie épée comme dans les films, je n’ai rien contre. C’est très joli et ça peut égayer les enfants.

Depuis que la censure ne fait plus taire, ou si rarement sous nos latitudes à prétentions démocratiques, c’est elle qui parle. Il semble bien que le champ du théâtre ait été ainsi réduit, progressivement transformé en spectacle vivant. Les contorsions, physiques et bavées, ont pris le pas. La poésie, quand elle est, est visuelle, ça aussi c’est joli, ça ne mange pas trop de pain et ça peut égayer les enfants.

Ce n’est pas grave, c’est la vie, c’est la mort. J’en vois quelques-uns s’acharner encore sur le cadavre en partance. Ils besognent le bouzin avec des ardeurs de pornographes de compétition. S’ils y trouvent leur pitance, si maigre soit-elle, c’est l’essentiel. Je ne vois pas bien ce qu’ils y trouveraient d’autre, d’ailleurs…

Le théâtre, après tout, était sorti deux fois de la religion ; la première, il s’était extirpé des fêtes du dieu fou Dionysos, la seconde au XIIe siècle, longtemps donc après s’être dégradé dans les cirques de Rome, des églises catholiques pour gagner leurs parvis, d’abord…

Il va maintenant quitter les théâtres – les rues aussi sont des théâtres –, sans doute changer de nom, devenir autre chose – et pas du cinéma, cette manière de mélodrame émancipé, merci bien.

Ce que le théâtre va devenir ? Mais je n’en sais foutrement rien. L’idéal serait même qu’on ne voie pas le rapport avec ce qu’il était. Qu’on ne fasse pas le lien, que personne ne comprenne ni ne voie la métamorphose.

C’est même ça qui serait amusant. Et plus encore si ça n’amuse personne d’autre. S’il pouvait faire beaucoup de morts, aussi, ce serait chou.

Pardon.

Pascal ADAM

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Avec un goût prononcé pour le paradoxe, la provocation, voire la mauvaise foi, le dramaturge, metteur en scène et comédien Pascal Adam prend sa plume pour donner un ultime conseil : « Restez chez vous » ! Tel est le titre de sa chronique bimensuelle, tendre et féroce, libre et caustique.



 

 

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