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“Gibraltar” ou comment les Africains vivent la douloureuse réalité de la migration

“Gibraltar” ou comment les Africains vivent la douloureuse réalité de la migration
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Gibraltar ouvre une fenêtre captivante sur la réalité de la migration vécue par les Africains, et plus particulièrement ceux du Burkina Faso, en même temps que le spectacle s’impose comme une pièce authentiquement théâtrale. Une réussite.

Le festival Oui ! de Barcelone s’est ouvert sur une représentation de Gibraltar, récit qui s’attache à deux personnages, Salik et Moussa, confrontés – chacun à sa manière – à la réalité de la migration. Sur un texte parfois saisissant de Guy Giroud, de la compagnie Marbayassa, se déploient les excellentes performances de Soguira Jules Gouba et Bachir Tassembedo, deux comédiens (et danseurs) de la compagnie Ouaka Trame Théâtre, célèbre au Burkina Faso où elle a remporté le Molière de la compagnie il y a deux ans.

La migration, réalité intérieure et extérieure

Gibraltar raconte l’histoire de Salik, un jeune Burkinabé en colère contre tout, qui rêve de nouvelles baskets et ne cesse de répéter qu’il va quitter son pays pour la France, sans jamais mettre son projet à exécution. Face à lui, il y a son père aveugle et Moussa, le boutiquier du quartier qui est parti un temps en Europe pour finalement revenir en Afrique, laissant une part de lui-même dans l’aventure. Tandis que l’aîné raconte son périple, du désert sub-saharien aux portes de l’Europe, jusqu’au rocher de Gibraltar, le cadet prend conscience de son exil intérieur, de pérégrination intime, qui le rend « migrant sédentaire, un voyageur immobile« .

Deux exils, deux quêtes, deux échecs s’affrontent, tandis que la question des origines, des racines, affleure avec toujours plus de vivacité au fil des scènes.

Traversée d’intermèdes musicaux et dansés, œuvres d’artistes frappés par la migration – « Petit frère » d’IAM, « I’ve Got Dreams To Remember » d’Otis Redding, etc. –, la pièce est une incontestable réussite, évitant l’écueil majeur et généralement massif que l’on voit désormais un peu partout, en tous lieux et toutes scènes : le récit-témoignage-monologue moralisateur, le commentaire saupoudré de formules prétendument artistiques de l’actualité.

Gibraltar : une écriture de l’urgence

Dans Gibraltar, rien de tel ! Toutes les scènes ne se valent certes pas, mais le texte atteint par endroits de très belles hauteurs de vue, nous donnant à entendre le drame de la migration de l’autre côté de la rive, du côté de l’urgence dramatique. L’urgence… Tel est peut-être ce qui donne un souffle impératif et énergique, une respiration pressée et scandée à la dramaturgie, que nous ne retrouvons presque jamais dans le théâtre français – et belge selon toute vraisemblance, à lire GAZ, un monologue insipide et convenu écrit par Tom Lanoye et publié en janvier 2020 par Le Castor Astral.

Gibraltar est une écriture de l’urgence à la fois humaine et artistique. Nous y retrouvons les accents de textes tels que Le but de Roberto Carlos de Michel Simonot. Cet équilibre est précisément la réussite de la pièce, en ce qu’elle favorise la distanciation si chère à Brecht (et à moi-même !). Si le texte s’inspire d’une histoire vraie, nous assistons à une authentique histoire, avec des personnages – et non des personnes – identifiés. Nous ne sommes pas devant un bout de vie personnelle reconstituée, mais retrouvons un universel commun, une humanité dont les pulsations battent aussi bien dans la terre burkinabè que dans le sol français.

Car l’image de Gibraltar sur laquelle se fracassent des milliers d’Africains n’est guère éloignée des images que l’Occident ne cesse de se fabriquer pour se donner l’illusion d’être dans le vent de l’Histoire : le progrès et l’industrialisation hier, le transhumanisme et l’eugénisme aujourd’hui – la toute-puissance et la finitude sont de toujours à toujours, de Ouagadougou à Barcelone et Paris.

Pierre MONASTIER

 



Spectacle : Gibraltar

Durée : 1h10
Public : à partir de 12 ans

Texte : Guy Giroud
Avec Soguira Jules Gouba et Bachir Tassembedo
Mise en scène : Guy Giroud
Chorégraphie : Bachir Tassembedo
Décors  et costumes : Danielle Poude
Compagnie : Marbassaya

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Où voir le spectacle ?

Spectacle vu le mardi 4 février 2020 à l’Institut français de Barcelone dans le cadre du festival Oui !

– 13 février 2020 : Institut français de Madrid, Espagne
– 24 mars 2020 : Casablanca, Maroc

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