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Hérault : fêtes votives menacées, orchestres de bal en danger

Hérault : fêtes votives menacées, orchestres de bal en danger
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Si l’affaire semble réglée pour cette année, en ce qui concerne l’organisation des fêtes votives dans l’Hérault, il n’en est pas de même de l’avenir des orchestres de bal qui en sont le liant.

Enquête sur l’avenir des fêtes votives et des orchestres de bal dans l’Hérault (1/2)

Par une lettre adressée aux maires de l’Hérault en début d’année, le préfet du département, évoquant l’organisation des fêtes votives, demandait que celles-ci n’excèdent pas une durée de sept jours, incitant même à ce qu’elles se limitent à trois ou quatre jours, compte-tenu des problèmes de sécurité et de la mobilisation constante des forces de l’ordre en contexte de menace terroriste.

Le préfet reconnaît « que les fêtes font partie intégrante de la tradition locale et génèrent une activité économique importante » ; l’incitation à réduire le nombre de jours de festivités n’a aucune valeur obligatoire, rappelle Nicolas Noguera, adjoint au maire de Lansargues, en charge des festivités. « Juridiquement, le préfet ne peut pas prendre d’arrêté pour interdire les fêtes votives », nous explique-t-il, tout en affirmant comprendre la position délicate du préfet qui n’a pas à sa disposition un nombre illimité de gendarmes.

Les fêtes votives entraînent-elles un surcroît d’insécurité ?

L’adjoint au maire de Lansargues le nie, affirmant que c’est une fausse excuse invoquée par le préfet. La délinquance qui peut exister dans le village n’est pas propre aux fêtes, estime-t-il. « Nous avons notre sécurité privée, avec laquelle nous fonctionnons depuis dix ans et les gendarmes ne passent qu’une fois au cours des fêtes. » Et d’ajouter : « Nos fêtes créent de l’emploi dans le village, elles font travailler restaurateurs, brasseurs, cafetiers, orchestres, food trucks. Cela génère 55 millions sur trois départements, l’Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. »

Selon Nicolas Noguera, les fêtes de Lansargues sont parmi les plus importantes avec celles de Mauguio. « Les gens y viennent entre amis, en famille, de partout ils viennent pour les fêtes. » À la suite de la réunion qui s’est tenue avec le préfet lundi 7 mai 2018, il nous assure que tout s’est bien passé et que les neuf jours de festivité sont maintenus. Le préfet leur a confirmé qu’il manquait de gendarmes mais ne pouvait rien leur imposer. « Les fêtes votives ne sont pas prioritaires pour lui, et même s’il y avait moins de fêtes, les gendarmes ne seraient pas plus présents. Il a toutefois reconnu que nous étions « de bons élèves » et que les « mauvais » étaient absents de la réunion. » Ainsi les jours de festivités seront-ils maintenus à Mauguio, Marsillargues, Lunel, Saint-Just.

En ce qui concerne les bals ?

« Nous les maintenons chaque soir comme prévu avec les orchestres. Les orchestres de bal font partie des fêtes votives. Les gens viennent écouter et voir de la musique vivante. Le soir, il ne faut pas de D.J. »

À Baillargues, le maire a annoncé au mois de mars qu’il raccourcissait la durée de la fête et supprimait tous les bals. « J’ai décidé de supprimer tous les bals et de les remplacer par le retour des peñas et des harmonies. Je vais également inviter des manèges », avait-il affirmé à Midi Libre.

Orchestres de bal en danger !

Le maire de Baillargues, Jean-Luc Meissonnier, mettait en avant le coût des orchestres de bal qui peut s’élever à 7 000 ou 8 000 €. En effet, les orchestres coûtent cher et devraient même coûter plus que cela pour que les musiciens puissent vivre honnêtement de leur métier et prendre en compte l’amortissement de leur matériel. Alors, sont-ils condamnés à disparaître, et avec eux l’âme des fêtes votives, par essence populaires, au profit de D.J. ?

Ce n’est a priori pas ce que souhaitent les organisateurs ni le public, les musiciens encore moins. Philippe Raybaud, secrétaire général et délégué du département de l’Hérault de la Fédération Nationale des Comités et Organisateurs de Festivités (FNCOF), se dit concerné par cette question mais veut la dissocier de l’organisation des fêtes votives. Représentant d’abord les organisateurs, il semble en délicate position pour répondre aux revendications des chefs d’orchestres de bal qui sentent leur profession menacée. Ceux-ci pointent du doigt la concurrence déloyale qui leur est faite, en réalité le travail dissimulé, la fraude quasi généralisée dans la profession.

Pascal Douzet, qui est à la tête d’un grand orchestre de bal, estime que la situation est très grave. Il a renoncé à animer les fêtes votives avec son orchestre. « Certains proposent des prestations deux fois moins cher ! » Christophe Alméras, qui dirige l’un des plus grands orchestres, tient le même discours. « Il existe une concurrence déloyale ; les clients ferment les yeux et n’achètent plus de la qualité, alors les bons sont voués à disparaître ! »

Magouilles et compagnie

Comment cela se passe, Christophe Alméras nous l’explique. Le chef d’orchestre embauche une partie de ses musiciens au noir et en déclare une partie. La règle, selon lui, c’est un orchestre de vingt personnes. Dix seront embauchées au noir et dix ne percevront pas de salaire net mais des indemnités qui leur permettront d’obtenir leur statut d’intermittent. « Ils travaillent presque gratos pour avoir leur statut. En outre, ils paient des impôts sur ce qu’ils ne touchent pas. Pour nous qui déclarons, le montant des charges dédiées au Guso est de 2 300€, contre 1 200 pour eux. Par ailleurs, leur matériel n’est pas aux normes et ils déclarent mal leurs musiciens. »

« Il faut réguler le statut du chef d’orchestre car le métier est en train de mourir, mais le SNACOPVA n’y connaît rien. Pour eux, nous sommes des producteurs de spectacle, alors que non. C’est un syndicat d’un autre temps ! »

Nous entendons le même son de cloche chez certains autres chefs d’orchestre. Pour Pascal Douzet, le Syndicat National des Artistes, Chefs d’Orchestre Professionnels de Variétés et Arrangeurs*, censé les représenter, est une catastrophe. « Le président et les membres du SNACOPVA ont de petits orchestres de deux ou quatre musiciens, en lesquels le contrat d’engagement collectif n’a pas de légitimité, pour lesquels il est égal de payer individuellement chaque artiste. Ils n’ont pas du tout les mêmes contraintes que nous qui avons des semi-remorques et des écrans de huit mètres de haut. Nous sommes assujettis à un contrat d’engagement collectif, en particulier vis-à-vis de nos employeurs, producteurs occasionnels « bénévoles » qui sont inscrits au Guso. Ce ne sont pas des professionnels du spectacle et ce sont eux qui endossent toutes les responsabilités sans connaissance des règles, du droit du travail, de la sécurité des salariés et du public. »

Alors, si leur syndicat ne les représente pas, ne pourraient-ils s’en passer ? « C’est le SNACOPVA qui fait référence auprès des pouvoirs publics et des autres syndicats ; il détient le listing des organisateurs des comités des fêtes de France. Mais en 2018, ce syndicat ne représente plus le métier. »

« Il est incontournable car historiquement référent », affirme un chef d’orchestre selon qui seuls le préfet ou le ministre pourraient le contourner. C’est donc aux pouvoirs publics et aux fédérations représentant les employeurs occasionnels de spectacles qu’il en appelle pour sauver, par la régulation et la valorisation des métiers de bal, une profession menacée.

Quel dialogue possible ? À suivre, dans la deuxième partie, avec la réponse du SNACOPVA…

Matthieu de GUILLEBON

* Dans le second volet de notre enquête, la parole sera essentiellement donnée au SNACOPVA. À suivre donc…



Photographie de Une – Fête votive à Aubais dans le Gard (crédits : Denysgeorges – Wikipédia)



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