Du 27 novembre au 14 avril 2019, la Roumanie sera célébrée dans plus de quatre-vingts villes françaises, avec près de deux cents projets et trois cent soixante dates : « une programmation économique, universitaire, éducative, sportive et gastronomique d’une ampleur inégalée entre nos deux pays », s’enthousiasme Pierre Buhler, président de l’Institut français.

En février 2015, Klaus Iohannis, élu président de la République de Roumanie trois mois plus tôt, décide de consacrer sa première visite européenne à la France, signe de l’attachement réciproque entre les deux pays.

À cette occasion, François Hollande, alors à la tête de l’État français, annonçait lors d’un point presse : « Nous voulons que l’année 2018 soit une année particulièrement marquante, puisque ce sera le centième anniversaire de l’État roumain moderne. Il y aura là de la part de la France une mobilisation pour faire de cet événement un grand moment d’amitié entre nos deux pays. »

Trois ans et demi plus tard, nous y sommes : le 27 novembre prochain, soit trois jours avant le centenaire, sera lancée la saison France-Roumanie, qui se déroulera jusqu’au 14 avril dans l’Hexagone, avant de se prolonger en Roumanie, du 18 avril au 14 juillet 2019, au moment où le pays aura la présidence du Conseil de l’Union européenne.

France et Roumanie : entre clichés et méconnaissance

S. E. Luca Niculescu, ancien journaliste et actuel ambassadeur de Roumanie en France, insiste lui aussi sur le choix de la date, en insistant fraternellement sur le rôle de la France dans l’histoire roumaine : « Le centenaire de la création de la Roumanie moderne est un événement qui n’aurait pas été possible sans l’apport extraordinaire de la France lors de la Première Guerre mondiale. Mais rassurez-vous, cette saison ne sera pas faite d’une longue série de commémorations et autres souvenirs. Car les deux commissaires et leurs équipes ont eu une autre vision : démonter les clichés. Ils vont s’y attacher avec audace, impertinence, voire insolence. »

« Démonter les clichés », peut-être, mais en s’appuyant sur une communication qui, tout en les raillant, s’en sert abondamment comme source principale d’attraction. Car ne nous mentons pas, la Roumanie est largement méconnue des jeunes générations françaises, ainsi que le souligne Pierre Buhler, président de l’Institut français : « Nous savons ce que la culture française doit aux artistes roumains venus enrichir notre façon de créer, de voir et de représenter le monde. Il suffit de citer Constantin Brâncuși, Eugène Ionesco, Tristan Tzara, Vladimir Cosma… Il faut également se rendre à l’évidence que beaucoup de ces artistes sont hélas un peu inconnus des jeunes générations. »

Démonter le connu, révéler l’inconnu… Tel est le programme de cette saison sans équivalent dans l’histoire amicale des deux pays. Le Centre Pompidou y consacrera pas moins de neuf événements, tandis que le musée du Louvre accueillera, du 17 avril au 29 juillet 2019, sa première exposition consacrée à la Roumanie depuis près de soixante ans : « Tissus liturgiques de tradition byzantine de Roumanie ».

Tradition et modernité : l’arche équilibrée de la saison

Trouver l’équilibre entre la tradition et la modernité est au cœur de la vision générale de l’événement. Jean-Jacques Garnier, commissaire général pour la France, évoque une saison « tournée résolument vers l’avenir, afin que l’on puisse mettre en avant les générations émergentes de la création, sans oublier le passé, parce que c’est un riche passé qui nous habite, Français et Roumains, un passé commun. On voulait que, dans cette saison, on puisse favoriser le dialogue entre patrimoine et contemporanéité, pour témoigner de cet héritage commun et d’un futur que l’on peut construire ensemble au sein de l’Europe ».

Dans un pays où 81 % des personnes se déclarent chrétiens orthodoxes, malgré la dictature communiste, il n’est évidemment pas possible de faire l’impasse sur la tradition byzantine. Outre l’exposition déjà mentionnée au Louvre, une trentaine d’icônes roumaines seront présentées dans la basilique de Fourvière, du 18 décembre au 17 mars : « De l’ignorance à l’éloge » est-il inscrit en sous-titre, ce qui pourrait être le fil directeur de la saison tout entière.

Cette saison n’est pas « une fin en soi », poursuit Jean-Jacques Garnier. Elle se veut non seulement « un instant T », mais également et surtout « un accélérateur, un révélateur, parfois même un précurseur de relations nouvelles […] afin de retrouver une intimité ». C’est pourquoi la plupart des événements organisés font appel à des artistes contemporains.

Cinéma roumain : une « nouvelle vague »

Le commissaire général de la saison pour la Roumanie, Andrei Țărnea, constate pour sa part la belle présence du cinéma roumain en France : « Le cinéma roumain fait déjà la Une dans la presse française depuis plusieurs années ». Une réputation effectivement croissante depuis le sacre à Cannes de Cristian Mungiu pour son magnifique film 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007.

Cette « nouvelle vague » roumaine, pour reprendre l’expression d’Andrei Țărnea lui-même, ne pouvait que susciter des partenariats cinématographiques tout au long de la saison. La Roumanie sera effectivement au cœur d’un certain nombre de programmations aux quatre coins de l’Hexagone : festival Premiers plans d’Angers, festival Travelling à Rennes, festival international du film à Poitiers, Forum des images

Arts de la scène : un vivier privilégié

La saison s’ouvrira avec « un moment un peu plus solennel », selon Jean-Jacques Garnier qui évoque un “Requiem de Fauré franco-roumain” à la cathédrale Saint-Louis des Invalides et à la basilique Sainte-Clotilde, les 27 et 28 novembre prochains, rassemblant l’Ensemble instrumental de Paris, dirigé pour l’occasion par le chef franco-roumain Christian Cluca, et le Chœur Madrigal de Bucarest. La Philharmonie de Paris accueillera le célèbre pianiste Radu Lupu et l’Orchestre de jeunes de Roumanie, tandis que l’opéra de Lyon verra la création mondiale de Œdipe redux, une œuvre jazz signée Lucian Ban et Mat Maneri. Ce projet, souligne le commissaire français, est d’autant plus important que « sans cette saison, il n’aurait pas pu se monter ».

Tradition et modernité, avons-nous écrit plus haut. Les commissaires français et roumains insistent ainsi sur la musique contemporaine roumaine, « connue dans le monde entier et peut-être pas assez en France » : il en va ainsi en particulier de  la musique électro. Des plateaux réuniront des DJ français et roumains, en France comme en Roumanie : « On espère que de ces petits temps en France et en Roumanie naîtront des collaborations et des projets », projettent-ils

Quant au théâtre et à la danse, ils feront l’objet de nombreuses résidences et représentations, aussi bien au théâtre de la Ville à Paris, avec un focus de plus de dix jours consacré à la Roumanie, qu’à Lyon, Montpellier ou encore Orléans. « La scène théâtre roumaine est aujourd’hui très vivante, très féminine aussi, explique Jean-Jacques Garnier. Les auteures de théâtre roumaines tiennent actuellement le haut du pavé : Gianina Cărbunariu, Ioana Paun, Alexandra Badea… seront présentées à plusieurs reprises dans différents lieux. Le Théâtre de la Ville consacrera un focus de plus de dix jours à la Roumanie, avec du théâtre, de la musique, des performances, etc. »

En prise avec le destin

À noter, enfin, deux temps forts littéraires, qui seront comme un écho prolongé du Salon du Livre 2013, lorsque la Roumanie fut, avec la ville de Barcelone, l’invitée d’honneur : une semaine roumaine avec L’Harmattan à Paris, entre le 19 et le 23 mars 2019, et la 15e édition du festival “Quais du Polar” à Lyon, du 28 au 31 mars 2019, qui verra son pendant à Bucarest, quelques mois plus tard.

Autant d’événements destinés à conjurer la fameuse parole d’Emil Cioran qui disait des Roumains : « Ils n’ont pas eu de destin ».

Pierre MONASTIER

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Photographie de Une – Alice T. de Radu Muntean (DR)