Les politiques culturelles sont soumises à de graves dérives depuis quelques années, dont les causes sont identifiées depuis longtemps : une gouvernance verticale et aléatoire, au mépris des droits culturels, et la dépendance à un pouvoir politique capable de mettre en péril – arbitrairement ou consciemment – institutions et associations artistiques.

Éditorial paru dans Le Cahier Pro 7 de janvier-février 2021.

Depuis quelques années, nous constatons une grave dérive des politiques culturelles publiques : coupes brutales dans les budgets (la scène nationale d’Aubusson, début 2018), suppression d’institutions (l’agence régionale Arcadi, fin 2018), etc. Les causes et les situations ne sont jamais les mêmes, mais les conséquences, oui.

Par ailleurs, à l’automne dernier, à la suite de graves problèmes humains internes, l’association la Paperie, Centre national des arts de la rue et de l’espace public des Pays-de-la-Loire, devrait être dissoute prochainement (à l’heure où nous écrivons cet éditorial, l’annonce a été faite). Un Centre national qui disparaît à la suite d’erreurs de management, même s’il pourrait renaître très rapidement sous une autre forme, c’est indéniablement un tournant majeur. Voilà qui en dit long à la fois sur la fragilité des arts face au politique et sur l’impasse d’un mode de fonctionnement.

Deux conclusions peuvent être tirées des exemples précédemment cités. D’une part, il y a la soudaine et violente mise en danger financière, voire la suppression pure et simple, par le politique, de lieux culturels qui posent éventuellement problème.

D’autre part, il y a l’essoufflement d’une gestion verticale qui remet le pouvoir dans les mains d’un seul : le directeur ou la directrice est nommé uniquement pour son projet, sans que soient prises en compte ses capacités humaines à diriger concrètement un lieu, donc des personnes*.

Dans l’un et l’autre cas, il est décidément grand temps de mettre en chantier les droits culturels, comme le défend Jean-Michel Lucas (cf. Portrait, p. 5). Sans quoi, à ce rythme, nous serons encore à papoter gentiment quand nous nous apercevrons que quantité d’institutions auront disparu.

Pierre MONASTIER

Rédacteur en chef du Cahier Pro

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* Afin d’éviter toute mésinterprétation, je tiens à préciser que je ne vise pas ici le directeur de l’association la Paperie, ne connaissant pas sa responsabilité dans les « graves problèmes humains internes » et les « erreurs de management » mentionnés auparavant. C’est un système de nomination unique et incomplet que je remets en cause. Ma conviction est simplement qu’avec une gouvernance collégiale juridiquement établie, telle que pratiquée dans l’économie sociale et solidaire et que le prônent les droits culturels, certains problèmes relationnels pourraient être évités. Sortir des nominations uniques me semble une urgence.
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Sommaire du Cahier Pro 7, janvier-février 2020
– « Lutte contre les atteintes au droit d’auteur sur l’internet : la responsabilité des fournisseurs d’accès », par Frédéric Dieu
– « Jean-Michel Lucas, militant passionné des droits culturels », par Pierre Monastier
– « Vent de tempête sur les aides à la création musicale », par Marc de Rievaulx
– « Frais professionnels, faites le bon choix », par Clément Monnier
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Dessin de Caly

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