Instant classique – 11 mars 1888… 132 ans jour pour jour. On ne connaît généralement que les trois dernières symphonies de Antonín Dvořák, et singulièrement la célébrissime neuvième, celle du Nouveau monde. Mais il en a fait justement neuf, comme avant lui Beethoven, Schubert et comme presque en même temps que lui Bruckner et Mahler.

Les six autres sont donc soit moins connues, soit carrément oubliées ; parmi celles-ci, les deux premières font figure de miraculées. En effet, Antonín Dvořák jurait les avoir détruites et il en était d’ailleurs convaincu.

Il avait écrit la deuxième en quelques semaines, à la fin de l’été 1865 (il avait alors vingt-quatre ans) et en avait confié le manuscrit à un homme de confiance, Moric Anger, pour qu’il le fasse relier. Ce dernier le garde et il fait bien, car le compositeur est soudain pris d’une furie destructrice et brûle plusieurs œuvres qui ne le satisfont pas.

Ce n’est que vingt bonnes années après que Dvořák retrouve le manuscrit et l’approuve, moyennant quelques retouches. L’œuvre est créée à Prague il y a tout juste cent trente-deux ans par la Philharmonie tchèque dirigée par Adolf Cech (ça ne s’invente pas), mais l’éditeur Simrock refuse de la publier. Il faudra attendre 1959 (!) pour qu’elle le soit enfin.

Comme quoi, ça ne valait pas la peine de s’énerver. Car il s’agit d’une œuvre fort agréable, dont je vous recommande notamment l’écoute du mouvement lent, d’une ineffable beauté.

Mais sur YouTube, le seul exemple qu’on en trouve est honteusement tronqué. J’ai donc choisi le finale, le seul qui n’a pas été saucissonné, par la Staatskapelle de Berlin, dirigée sans traîner par Omar Suitner.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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