Instant classique – 14 février 1880… 141 ans jour pour jour. En même que son quatuor n°1 avec piano, véritable chef-d’œuvre de la musique de chambre, Gabriel Fauré crée une charmante berceuse pour violon et piano, qui connaît un vif succès jusque dans… le métro.

L’an dernier, le même jour, il était question du quatuor n°1 avec piano de Fauré. La création de ce chef-d’œuvre de la musique de chambre française n’est pas venue seule ce 14 février 1880. Il y avait aussi une berceuse charmante pour violon et piano, créée par le violoniste Ovide Musin, avec le compositeur au piano. Du moins au départ. Car Gabriel Fauré en fera lui-même une version pour violon et orchestre, avant que de nombreux musiciens proposent de tout aussi nombreux arrangements en tous genres.

Lorsqu’il compose ce petit morceau sans grande prétention, Fauré est chef de chœur et second titulaire de l’orgue de la Madeleine, son job alimentaire. Il commence à se faire un nom en tant que compositeur (mais tout doucement et il a « déjà » presque trente-cinq ans). De son propre aveu, la berceuse ne casse pas des briques, mais elle rencontre beaucoup de succès. Les violoneux des boulevards, qu’on entend parfois aujourd’hui dans le métro, s’emparent de cette partition plutôt simple qui ne donne que ce qu’elle a et pas beaucoup plus.

Au-delà des violoneux, les virtuoses eux-mêmes ne la négligent pas, même si elle ne fait pas appel à une technique vertigineuse. On compte ainsi plusieurs dizaines d’enregistrements de cette œuvre, le premier à l’avoir fait étant le grand violoniste belge Eugène Ysaye. Ce succès permet aussi à Fauré de trouver (enfin) un éditeur, Julien Harmelle, qui le restera pour plusieurs décennies.

Fauré a dédié cette berceuse à Hélène Depret, qui avait présenté le jeune compositeur aux piliers assidus de la vie musicale et/ou mondaine d’alors, l’aidant ainsi à lui mettre le pied à l’étrier.

Parmi les grands interprètes de cette pièce réputée un peu fade, Yehudi Menuhin, bien sûr, tout en velours. C’est bien, ça, le velours pour un 14 février, non ?

Cédric MANUEL

 



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