Instant classique – 23 août 1813… 207 ans jour pour jour. En août 1813, Schubert n’est pas au mieux de sa forme, malgré ses dix-sept ans. Ses résultats scolaires au sein du Konvikt, ce conservatoire de grande qualité dans lequel il étudie depuis cinq ans, se dégradent nettement. Sa voix mue et il ne peut donc plus rester dans la maîtrise des petits chanteurs du Konvikt, où il occupait un pupitre de soprano.

L’institution est d’ailleurs agitée de soubresauts disciplinaires : les élèves se mettent en tête d’aller libérer un de leurs camarades sévèrement sanctionné et placé aux arrêts. La révolte, menée par des élèves tyroliens à un moment où cette région connaît des velléités autonomistes explique peut-être cette mutinerie. La répression ne se fait pas attendre et Schubert perd ainsi un ami cher qui étudie avec lui, Johann Senn, renvoyé sur le champ.

Le 12 août, l’Autriche déclare (à nouveau) la guerre à la France, et les premiers combats vont tuer l’un des grands poètes du moment qu’admirait vivement le jeune musicien, Theodor Körner. Bref, le moral de l’adolescent Franz Schubert est sans doute très atteint. Ses mauvais résultats scolaires, notamment en mathématiques, menacent de le jeter hors du Konvikt. C’est aussi au mois d’août qu’une demande est adressée à l’empereur François pour l’allocation d’une nouvelle bourse. L’empereur l’accordera en octobre, à condition que les résultats s’améliorent. Schubert quittera quand même l’institution peu après (mais c’est là une autre histoire).

C’est donc dans une période assez troublée que le jeune homme compose un nouveau lied en deux jours, les 22 et 23 août 1813. Il s’appuie sur un poème de Schiller, « Thekla, eine Geisterstimme » (Thekla, la voix d’un esprit). Thekla, à l’origine, c’est une jeune grecque martyrisée comme chrétienne durant le premier siècle. C’est son esprit errant qui s’exprime ici (Schubert, authentiquement romantique, aime composer sur des fantômes), sur le mode de « qui suis-je, dans quel état j’erre »… Elle parle à quelqu’un qui l’interroge, lui raconte ce que deviennent les rossignols (confidents de l’amour, comme le dit Roméo chez Gounod), ce qu’est devenu l’être aimé – il est là où on ne pleure plus… – et on perçoit qu’un drame s’est noué. Délibérément et logiquement, la voix est éthérée, comme suspendue au-dessus du piano accompagnateur.

Schubert ne se montrera pas satisfait de cette petite partition et remettra l’ouvrage sur le métier pour en faire un chant totalement différent quatre ans plus tard.

Voici donc la première Thekla, chantée ici par la grande Gundula Janowitz.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »