Instant classique – 28 février 1869… 152 ans jour pour jour. Brahms compose une cantate qui se rapproche le plus de ce qu’aurait pu être un opéra… s’il en avait écrit un ! Car Brahms ne franchit finalement jamais le pas, à une époque où pourtant il s’agissait de l’œuvre reine. En attendant, cette cantate fut très mal accueillie, avant sa redécouverte un siècle plus tard.

En vous racontant, l’an dernier, l’histoire du monument qu’est le Requiem allemand de Brahms, j’avais évoqué brièvement la cantate que le compositeur hambourgeois écrit à peu près au même moment et qu’il avait laissée un peu de côté d’ailleurs pour terminer le premier. Cette cantate, c’est Rinaldo, tirée de la Jérusalem délivrée du Tasse, telle qu’adaptée par Goethe.

Johannes Brahms commence à la composer en 1863 (à trente ans) et a choisi ce thème pour un concours choral à Aix-la-Chapelle. Là où d’autres compositeurs ont centré leur propos sur la sorcière Armide, des charmes de laquelle Rinaldo ne parvient pas à s’extraire, Brahms ne lui donne aucune partie chantée et alterne les morceaux pour ténor (Rinaldo) et chœur d’hommes.

Mais si le Requiem allemand tresse à Brahms des lauriers éternels, il n’en va pas de même pour cette partition d’environ trente-cinq minutes qui est créée voici cent cinquante-deux ans à Vienne, sous la direction du compositeur. Pour l’occasion, outre les membres de l’orchestre de la Cour impériale, sont réunis trois cents hommes pour le chœur et le ténor Gustav Walter.

La pièce est en effet très mal accueillie, hormis par Theodor Billroth, l’ami chirurgien et violoniste de Brahms. Même Eduard Hanslick, l’impitoyable critique habituellement très favorable à Brahms, se montre dur avec cette partition. Même Clara Schumann – ce qui a dû faire bien du mal à Brahms qui l’aimait passionnément en silence – s’interroge sur cette musique. Si bien que cette œuvre est tombée ensuite dans un quasi oubli, jusqu’au XXe siècle, alors qu’elle donne une idée assez nette de ce qu’aurait pu être un opéra composé par Brahms, lui qui n’en réalisa jamais à une époque où pourtant il s’agissait de l’œuvre reine.

En voici le finale, dans une interprétation qui tient lieu aujourd’hui de référence insurpassée, celle de Claudio Abbado ici à la fin des années soixante-dix, avec un ténor qui compte parmi les grands wagnériens de son époque (il faut bien ça), James King et un Ambrosian chorus superlatif.

Cédric MANUEL

Illustration à la Une
Nicolas Poussin, Renaud et Armide, v. 1620 (détail)



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