Le think tank Altaïr a réussi le tour de force d’obtenir les réponses des cinq candidats les plus en vue de l’élection présidentielle sur la question culturelle. À la lecture des différents propos, des éléments de langage surgissent, que Profession Spectacle se propose d’analyser et de décrypter. Les priorités et réformes symboliques de chaque candidat, mises en lumière par le questionnaire envoyé par Altaïr think tank, dévoilent leur vision particulière des politiques culturelles.

La présente étude comparative intervient comme un écho à l’analyse poussée menée par Profession Spectacle sur les programmes de chaque candidat, à travers la série de vidéos intitulée : « La culture selon… ».

La première question invite chaque candidat à dresser son propre constat des politiques culturelles actuelles et à proposer trois chantiers de réformes.

François Fillon

Si François Fillon adopte un ton plus personnel que les autres candidats dans sa manière de répondre aux différentes questions posées, il ne prend cependant guère de risques : au fur et à mesure des sujets abordés, il déroule ses traditionnels éléments de langage et les mesures présentes dans son programme.

Sa vision culturelle est marquée par l’acceptation de la droite que « la culture n’est pas une marchandise ». Selon le candidat des Républicains, il importe néanmoins de faire des économies, notamment en « luttant fermement contre les abus » au sein du régime de l’intermittence.

Pour le reste, il reprend de manière quasi exhaustive les mesures proposées dans son programme : la réduction de la fracture culturelle par un soutien à l’accessibilité ; l’éducation artistique ; le patrimoine ; un soutien à la création française ; la préservation de l’exception culturelle avec une meilleure rémunération des auteurs ; le maintien voire le renforcement de la Hadopi ; la création de pépinières d’artistes ; un projet de fédération des grands musées européens…


En téléchargement : réponses de François Fillon au questionnaire d’Altaïr think tank.


Emmanuel Macron

Emmanuel Macron opte pour un tableau beaucoup plus sombre puisqu’il appuie la nécessité d’une politique culturelle d’unité face au terrorisme et au chômage de masse. Cette opposition frontale de la barbarie et de l’art est un étonnant parti pris, pour qui se souvient de l’histoire récente… Le candidat en marche développe une vision particulièrement noire des politiques culturelles, qui auraient toutes « échouées depuis Malraux » ; son constat se résume finalement à un véritable « essoufflement du rayonnement international de notre vie artistique ».

Emmanuel Macron est par ailleurs le seul à mentionner « l’idéal européen » et à invoquer un « esprit d’entreprise » : celui-ci serait notamment à libérer dans le secteur culturel. Certaines de ses réponses, telle celle portant sur le désengagement de l’État et les collectivités territoriales, passent complètement à côté de la question posée : Emmanuel Macron se contente de définir un cadre large des politiques culturelles, sans jamais évoquer ce désengagement ni les collectivités territoriales, sujet pourtant majeur aujourd’hui.

Au final, nous assistons à de longues réponses de principielles, rarement suivies de mesures concrètes. Il ne reste in fine qu’une vision générale des politiques culturelles, envisagées comme un « marché » constitué de « produits culturels » et « d’exportation à l’international ».


En téléchargement : réponses d’Emmanuel Macron au questionnaire d’Altaïr think tank.


Benoît Hamon

Benoît Hamon prend appui sur le discours développé tout au long de sa campagne : Il présente sa conception d’une politique culturelle « désirable, bienveillante », face à la « culture des forces économiques ». Ses propositions de réformes sont ambitieuses, résolument tournées vers les artistes et vers une implication des citoyens dans l’élaboration des politiques culturelles locales.

Dès lors qu’il évoque la création, l’éducation artistique et culturelle ou la taxation des GAFA, Benoît Hamon se montre à l’aise, développant des réponses longues et argumentées. Sa position sur le régime des intermittents semble en revanche plus discutable ; le candidat socialiste se contente en effet d’applaudir le soutien de l’État pendant le dernier quinquennat, en évoquant un accord « profitant à l’ensemble des parties, garantissant la pérennité du régime ». Une relecture maladroite quand on sait que l’accord dépend d’un fonds d’aide publique de 90 millions d’euros, soumis à l’alternance politique… Un accord qui non seulement n’a pas fait l’unanimité, mais qui est encore loin d’avoir trouvé sa stabilité pérenne.


En téléchargement : réponses de Benoît Hamon au questionnaire d’Altaïr think tank.


Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon semble avoir quant à lui laissé sa verve légendaire au vestiaire, décevant presque par sa réserve. Renvoyant purement et simplement à la lecture des livrets de la France Insoumise – en particulier ceux portant sur la culture, la francophonie, et les départements d’Outre-Mer –, il se contente de condamner les deux quinquennats précédents, pour avoir livré la culture à la « loi du profit ».

Et ? C’est tout. Le candidat insoumis cite succinctement, pour le principe, les grands axes de son programme de politiques culturelles : révolution citoyenne dans la culture, accessibilité, droit à l’éducation culturelle et artistique, protection des artistes… Bref, une occasion manquée de communiquer un peu plus sur un programme pourtant riche en propositions, autrement que par un livret pas si facilement digeste pour le néophyte.


En téléchargement : réponses de Jean-Luc Mélenchon au questionnaire d’Altaïr think tank.


Marine Le Pen

La candidate du Front National reste fidèle à sa ligne, avec un exposé bien construit autour de la culture comme moyen d’unité des Français – sur fond d’identité et de mode de vie – face aux communautarismes. Marine Le Pen énonce ses mesures, en portant l’accent sur le numérique et l’audiovisuel : réforme importante du CSA et suppression de la Hadopi au profit de la Licence Libre.

Le patrimoine bénéficierait quant à lui de la seule augmentation de budget prévue par le Front National dans le secteur culturel prévue par le Front National. La candidate insiste évidemment sur l’application de la « préférence nationale » au domaine culturel. Elle n’hésite ainsi pas à proposer une mesure hautement symbolique : le remplacement du « Fonds Images de la diversité » par un « Fonds pour la francophonie ».

Concernant le régime de l’intermittence, la candidate est floue, proposant la création d’une « carte professionnelle d’intermittent », dans l’idée – tout aussi nébuleuse – de créer « un réel parcours d’apprentissage aux métiers de comédien ». Deux mesures qui ne répondent pas directement à la question posée par Altaïr think tank. Suit une formule révélatrice sur l’impératif de « trouver un équilibre entre l’offre et la demande est un impératif pour sauver le régime des intermittents », en une formule qui n’est pas sans rappeler la vision d’un Emmanuel Macron.


En téléchargement : réponses de Marine Le Pen au questionnaire d’Altaïr think tank.


Si l’on peut, comme dans tout discours politique, se perdre dans une accumulation des propositions de réformes, le langage utilisé par les candidats en dit plus long que le fond de leurs réformes. L’exercice proposé par Altaïr think tank a ceci de limité que les critères de la clarté et de la pertinence des réponses l’emportent sur ceux de l’honnêteté, de la justesse des réformes, voire de la faisabilité de ces dernières. Au concours de clarté et de conviction, les gagnants sont Benoît Hamon, François Fillon et, dans une certaine mesure, Marine Le Pen. Si Emmanuel Macron paye, une fois n’est pas coutume, le double discours de ses nombreuses interviews et l’absence de fond de son programme, Jean-Luc Mélenchon échoue quant à lui à expliciter les nombreuses mesures contenues dans le livret de la France Insoumise… faute de les connaître ?

Profession Spectacle fait le pari de l’intelligence en vous proposant de découvrir les programmes détaillés de chaque candidat, dans sa série vidéo diffusée depuis quelques jours sur sa chaîne Youtube : stimulation et compréhension garanties !

Maël LUCAS