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Meilleurs vœux : l’argent et la santé !

Meilleurs vœux : l’argent et la santé !
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Avec un goût prononcé pour le paradoxe, la provocation, voire la mauvaise foi, le dramaturge, metteur en scène et comédien Pascal Adam prend sa plume pour donner un ultime conseil : « Restez chez vous » ! Tel est le titre de sa chronique bimensuelle, tendre et féroce, libre et caustique.

« Restez chez vous »
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Il ne s’est rien passé de significatif ces deux dernières et désolantes semaines qui m’ait fait immédiatement me dire : tiens, ça va me faire ma chronique !

« On ne doit être estimé heureux que lorsqu’on a fini sa vie dans une douce prospérité. Il faudrait qu’un tel bonheur me fût entièrement assuré pour me donner une pleine confiance. »

Disait, retour d’Ilion, l’Agamemnon d’Eschyle, trente-sept minutes (à la louche) avant de se faire débiter vivant, à la hache, dans sa baignoire, par sa femme Clytemnestre secondée de son amant.

Bonne année, donc ! C’est bien le moins. Bonne année à tous. La formule est d’usage et l’usage d’une honnêteté… comment dire ? modérée. Bonne année à certains d’entre vous. Aux meilleurs seulement. (En bonne logique, je suis tranquille, chacun s’y comptera.)

Que vous souhaiter ? L’argent et la santé ? Disons cela, cela n’engage à rien.

*

Plutus ou Ploutos est la dernière des pièces d’Aristophane en notre possession. Elle traite de l’argent, en somme, et n’a pas pris une ride. Elle est passionnante. Pourtant, d’un point de vue dramaturgique, elle est très loin d’être la meilleure de son auteur, qui a tendance à s’empêtrer un peu dans ses contradictions et à les résoudre en passant tout simplement à autre chose – ce qui, après réflexion, est certainement une excellente technique.

Toutes les théories économiques qui ont été inventées depuis Aristophane ne retirent rien à cette pièce, qui ne s’occupe que de l’essentiel, qui est contradictoire, conflictuelle, dramatique, en un mot.

Victor-Henry Debidour, dont la traduction (Folio) est remarquablement réjouissante, note ainsi dans son introduction :

« C’est qu’Aristophane est fort embarrassé pour traiter son sujet. D’une part, il veut soutenir la cause des pauvres et leur faire plaisir : c’est chez eux qu’il y a le plus de dignité, de courage, d’honnêteté, l’argent corrompt tout, les hommes ne s’enrichissent que parce qu’ils sont scélérats, et ne sont scélérats que parce qu’ils sont riches. Mais les pauvres, ce sont gens dont l’argent ferait le bonheur : ils ne pensent qu’aux moyens de s’en procurer pour échapper à leur triste condition. Ainsi est-il impossible de ne pas faire conjointement et contradictoirement l’éloge et la dénonciation de la pauvreté, tout comme ceux de la richesse. »

Il est question de rendre la vue à Plutus, dieu de l’argent. Qui, de n’être plus aveugle, pourrait choisir chez qui il entre, et n’entrer plus que chez des gens honnêtes… Ainsi la Dèche serait chassée de Grèce.

Laquelle Dèche – au centre de la pièce – se défend, d’une part en se distinguant de la misère noire – dont elle préserverait –, d’autre part en arguant que récompenser l’honnêteté par l’argent, transformerait chacun en fainéant et assurerait la ruine généralisée, entraînant une vie plus dure que l’actuelle… au lieu qu’elle, La Dèche, contraint tout le monde au travail simplement pour se maintenir sans cesse de justesse à flot.

« En vérité, vous me regretterez ! », dit La Dèche, en partant.

Mais il s’agit aussi, en rendant la vue à l’Argent, de braver Zeus – qui a imposé la cécité à Plutus. Ce que l’on ne peut envisager, car c’est dangereux, qu’après avoir compris que le pouvoir de Plutus était supérieur à celui même de Zeus… C’est donc Toussicard (Chrémylos), un particulier vieillissant, qui va se charger de convaincre Asclépios d’entreprendre cette délicate opération médicale. Qui réussit !

La pièce s’achèvera par la désertion d’Hermès lui-même, le messager des dieux, et d’un prêtre de Zeus, qui passent tous deux à la concurrence…

Voilà ce qu’écrivait l’inventeur de la comédie, en l’an 388 avant Jésus-Christ.

*

Pour la santé, pardonnez-moi, je n’ai pas sous la main d’exemple dramatique.

Si on voulait la santé, on supprimerait le génie, note Nietzsche dans un de ses Fragments posthumes.

Je serais ici tenté de parodier Le programme en quelques siècles du poète Armand Robin (« On supprimera la Foi / Au nom de la Lumière / Puis on supprimera la lumière. ») :

On a supprimé le génie au nom de la santé, on va maintenant supprimer la santé. Cela aura lieu quand la misère supplantera la dèche.

Et puis, de toute façon, comme disait paraît-il le camarade Staline, à la fin, il n’y a que la mort qui gagne.

Allez, bonne année !

Pascal ADAM

Lire les dernières chroniques bimensuelles de Pascal Adam :

Un conte de Noël (23/12)
Acte IV (09/12)
La puberté ou la mort ! (25/11)
De Rilke à Macron : des Poèmes Nouveaux à la novlangue (11/11)

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1 commentaire

  1. Bonne année Profession-Spectacle !

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