La culture selon… Jacques Cheminade

Fondateur du parti Solidarité et progrès, Jacques Cheminade se présente pour la troisième fois à la présidentielle française, après deux résultats modestes en 1996 et en 2012. Difficilement catégorisable, Jacques Cheminade milite essentiellement contre les marchés financiers, en écho aux théories du polémiste américain Lyndon LaRouche.

Seul candidat à avoir mentionné la culture lors du débat à 11, il développe une vision pour le moins originale, marquée par un environnement culturel intrinsèquement classique.

Cette originalité est énoncée d’entrée de jeu : Jacques Cheminade souhaite consacrer 2 % du PIB à la culture, soit 40 milliards d’euros au lieu de 7,3, ce qui correspond au double de ses concurrents les plus généreux sur le sujet.

Une éducation artistique classique

Le programme culturel de Jacques Cheminade présente bien des particularités, dont la première est sans nul doute la confusion entre culture et productions classiques du passé. Sa « priorité absolue » est ainsi la réintroduction des chorales dans les écoles, « dès le plus jeune âge ». Curieuse priorité qui donne le ton.

Dans cette ligne pour la jeunesse, le candidat Solidarité et progrès propose :

  • la création de « brigades d’interventions artistiques », pour initier à la musique dite classique
  • la création de « mercredis musicaux », avec des concerts pédagogiques organisés par les orchestres symphoniques
  • ou bien l’utilisation systématique des églises pour les répétitions de chorales et d’orchestres classiques…

Autre mesure symbolique : la réforme des écoles d’arts visuels pour que tous les étudiants de 3e année puissent reproduire et expliquer les « Grandes Œuvres de l’Humanité ». Une conception du savoir artistique qui relève plutôt du copiste traditionnel que du créateur contemporain…

Un art « populaire et savant »

Favorable à un art « populaire et savant », Jacques Cheminade souhaite « relever le niveau d’internet » et de l’audiovisuel public. France Télévision devra produire du contenu « intelligent », en partenariat avec le CNRS ou les opéras, tandis que les contenus « avilissants », à commencer par les jeux vidéos, seront interdits ou surtaxés.

Trois types de structures seront chargées de favoriser l’accessibilité à la culture, telle que Jacques Cheminade l’envisage, dans chaque région :

  • un « Musée de l’Imaginaire » pour 500 000 habitants, avec des reproductions des « grands chefs-d’œuvre de l’Histoire Universelle » ;
  • des « Palais de la Découverte » régionaux, munis de planétariums ;
  • un soutien renforcé de l’État aux Maisons des jeunes et de la culture (MJC).

Autant de questions qui demeurent concrètement floues quant à leur application concrète et budgétaire.

Favorable au maintien et à la pérennisation de l’intermittence, Jacques Cheminade souhaite également la titularisation des précaires et des « permittents » du service public culturel.

Contre la financiarisation culturelle, Jacques Cheminade condamne « la tendance grandissante à privatiser la culture ». Il souhaite ainsi :

  • abroger les avantages fiscaux des mécènes qui « imposent leurs goûts »
  • et lutter contre la financiarisation des grands établissements culturels par l’intégration de représentants des personnels et du public dans les conseils d’administration.

Coopération culturelle internationale

Militant en faveur d’une coopération culturelle internationale, Jacques Cheminade se montre prolixe sur le sujet. Il propose :

  • la mise en place d’un Forum européen de la culture, autour des valeurs européennes,
  • l’arrêt des fermetures des Instituts et Alliances françaises,
  • la création d’un Conseil d’Action Culturelle extérieure, sorte de ministère des Affaires étrangères destiné à conseiller le président de la République,
  • la création d’une Agence Mondiale de la Traduction facilitant les échanges culturels en plusieurs langues,
  • ou encore une augmentation du budget annuel, jusqu’à 150 millions d’euros, de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Conclusion

Le programme si original de Jacques Cheminade s’imprègne d’une vision résolument traditionnelle de la culture. Obsédé par une forme d’art classique, le candidat de Solidarité et progrès en vient à balayer des enjeux contemporains majeurs tels qu’internet et les jeux vidéo, jugés d’emblée avilissants. Si ses propositions visant à combattre la financiarisation rampante de la culture et à promouvoir une politique culturelle internationale ambitieuse pourraient s’avérer pertinentes dans le futur, il laisse malheureusement de vastes pans artistiques de côté – à commencer par les droits culturels, à savoir toutes les potentialités humaines de la création artistique contemporaine.

Retrouvez tous les épisodes de notre série :



« La culture selon… » est une série vidéo de Profession Spectacle, lancée en mars 2017. En 3 à 5mn, nous vous proposons de découvrir la vision culturelle de personnalités politiques, leurs déclarations, leur bilan…

Concept, design et réalisation : Maïlys Gelin et Maël Lucas.
Conseils : Pierre Monastier



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