Un an déjà que la pandémie a été déclarée. Au début, tous parlaient avec enthousiasme du monde d’après… Aujourd’hui on se contente de subir. On ne pense plus qu’à tenir, tenir encore, autant qu’il le faudra.

Actualités de l’économie sociale

C’est un anniversaire dont on se passerait bien : voici approximativement un an, la progression du coronavirus lui conférait le statut de pandémie. L’un après l’autre, dans l’improvisation et la panique, chaque pays prenait des mesures de restriction des libertés. Il y eut certes quelques protestations, quelque résistance, mais dans l’ensemble les populations acceptèrent ces contraintes qui devaient être transitoires et qui se sont peu à peu installées dans la durée.

Au fil des mois, l’horizon s’est obscurci, la sortie de crise a cessé d’être visible. J’avais noté sur mes tablettes d’être à Paris le 20 janvier, jour prévu pour la réouverture des restaurants. Cela ne fait que quelques semaines, et c’est déjà une éternité. Il n’est plus question, lorsqu’on organise une réunion, d’envisager la possibilité du présentiel, « si les circonstances le permettent » ; le distanciel s’impose d’emblée, comme une évidence. On a intégré le fait que le masque et les divers « gestes barrières » sont là pour longtemps. On anticipe de moins en moins comment on va « redémarrer, quand tout ça sera fini » ; on ne pense plus qu’à tenir, tenir encore, autant qu’il le faudra.

Au début foisonnaient les projets de société sur le « monde d’après ». Puis est arrivé le temps des inquiétudes, alimentées par les premiers calculs sur la chute de l’économie et sur le creusement de la dette. Nous voici dans une phase de résignation générale dont on ne sait ce qui sortira. Mais surtout, on ne pense plus. On se contente de subir.

*

Des vestiges du « monde d’avant » apparaissent chaque jour dans ma boîte de messages, tels des cœlacanthes surgissant du fond des abysses. S’agit-il de dérèglements intempestifs de systèmes qu’on a laissés tourner tout seuls, ou d’un réel aveuglement de leurs émetteurs, qui n’auraient pas encore compris dans quels marécages nous sommes échoués ? Des compagnies aériennes me proposent des escapades de rêve à prix cassé, des croisiéristes m’incitent à céder aux charmes des mers du Sud, des hôtels (pardon, des resorts) m’assurent n’attendre que mon arrivée pour démarrer une saison du tonnerre. Alors que je suis confiné et enfermé dans des frontières fermées.

Il est aujourd’hui des professions gravement sinistrées, dans toutes les activités impliquant l’accueil du public. Elles peuvent compter sur notre soutien et notre compassion… mais cela n’empêchera pas, hélas, bien des dégâts. En revanche, il en est bien une profession dont la mort ne me causerait aucun regret, c’est celle des publicitaires, et d’abord de ceux qui produisent et me font envoyer ces annonces indécentes. Je sais que cela restera un vœu pieux, car ces parasites sont bâtis pour résister à tout. Ils sont increvables, comme les tiques ou les morpions…

Au moins, pour un tas de bonnes raisons et quelques mauvaises sur lesquelles on pourra revenir, le transport aérien et le tourisme de masse ne reviendront pas de sitôt à leur niveau de 2019. Il était communément admis, avant, que le trafic aérien devait doubler tous les quinze ans. Ce qui justifiait l’extension de tous les grands aéroports, et des inepties comme Notre-Dame-des-Landes. On voyait poindre avec angoisse une pénurie mondiale de pilotes et de contrôleurs aériens. On imaginait une multiplication des zones de loisirs et de vacances partout sur le globe. Il restera sans doute des publicitaires nostalgiques de ces vieilles croyances. Vieilles, mais si récentes ! Or nous voyons avec quelle facilité elles se sont dissipées, et cela montre bien que d’autres croyances, aujourd’hui vues comme des certitudes absolues, pourraient fort bien passer de mode un jour ou l’autre.

J’ai toute une collection d’articles sur les prévisions du trafic aérien. Il s’en dégage une impression de consensus inébranlable. C’était du solide, du supersolide. Il en reste du sable. J’attends avec une certaine gourmandise que d’autres constructions intellectuelles subissent de semblables secousses, allant jusqu’à leur désintégration, par exemple dans l’énergie…

*

Et tant que nous sommes dans les vicissitudes du monde d’avant, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter quelques extraits d’un article sur la vaccination, paru en mai 2018.

La 8e édition de la semaine africaine de promotion de la vaccination des enfants a été lancée par la ministre de la Santé et de l’hygiène publique. Cette semaine est organisée chaque année à l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui entend en faire une action de promotion dynamique et de sensibilisation des populations.

Malheureusement, a déploré la ministre dans un cri du cœur, certaines mamans ou certaines personnes agressent nos agents vaccinateurs au cours de nos campagnes. Certains ont succombé de leurs blessures. Je voudrais que cela cesse.

La ministre, après avoir vertement condamné l’agression physique et la mort d’agents vaccinateurs, a invité la population à mettre fin à de tels agissements. Pour la ministre, ces actes indélicats sont nourris par des rumeurs et des préjugés savamment distillés dans la société.

Nous voulons mettre fin aux rumeurs et aux préjugés afin de mettre fin aux maladies évitables par la vaccination, a-t-elle soutenu.

Cette ministre, qu’un journaliste débutant et maladroit présente comme une bécasse, n’en est pas une, bien au contraire. Elle s’appelle Raymonde Goudou Coffie, et elle a obtenu son diplôme de pharmacien à Caen, en 1984. Elle assure actuellement à Abidjan l’intérim du ministère de la Francophonie, dont le précédent titulaire a été nommé ambassadeur à Paris.

On raconte que certains satrapes orientaux, pour prévenir ou apaiser la colère de leur peuple, faisaient de temps en temps pendre en public quelques-uns de leurs collecteurs d’impôts. C’était donc un métier à risque. Agent vaccinateur en serait-il un autre ?

Philippe KAMINSKI

.
Lire les dernières chroniques de Philippe Kaminski
Éloge du patrimoine (II)
Éloge du patrimoine (I)
Faut-il s’attaquer aux Jeux olympiques de Pékin ?
A-t-on le droit de ne pas savoir ?
L’année des emmerdes
.



* Spécialiste de l’économie sociale et solidaire (ESS) en France, le statisticien Philippe Kaminski a notamment présidé l’ADDES et assume aujourd’hui la fonction de représentant en Europe du Réseau de l’Économie Sociale et Solidaire de Côte-d’Ivoire (RIESS). Il tient depuis septembre 2018 une chronique libre et hebdomadaire dans Profession Spectacle, sur les sujets d’actualité de son choix, afin d’ouvrir les lecteurs à une compréhension plus vaste des implications de l’ESS dans la vie quotidienne.