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Tartes à la crème, pleurnicheries, andouillettes et préconisations

Tartes à la crème, pleurnicheries, andouillettes et préconisations
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Les acteurs et actrices, les écrivains et écrivaines de théâtre, tous pédalent dans le néant à coups de préconisations, de revendications, d’enfonçages de portes ouvertes… C’est à qui geindra le plus fort ! Une occasion de plus de rester chez soi ? Nouvelle chronique au vitriol de Pascal Adam.

Restez chez vous

Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
Deux larges médailles de bronze,
Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
Bistré comme la peau d’un bonze,

Une riche toison qui, vraiment, est la sœur
De cette énorme chevelure,
Souple et frisée, et qui t’égale en épaisseur,
Nuit sans étoiles, Nuit obscure !

Ainsi se termine le merveilleux poème de Baudelaire au titre merveilleux Les Promesses d’un visage.

Quoi qu’il nous faille admettre que ces promesses ne sont hélas pas toujours tenues, puissent ces quelques vers nous accompagner dans les régions arides et d’un stérile ennui où s’engage malheureusement notre pauvre chronique !

Puissent ces deux quatrains être là comme un alcool fort et délicat, pour aider à tenir ! Pour aider à rendre cette chronique la plus brève possible et à la doter d’une salvatrice mauvaise foi !

*

Je crois, quitte à rompre en visière avec la modernité la mieux acceptée, que je ne supporte plus les gens qui défendent ce qu’ils font.

Non seulement on ne leur demandait rien, mais voilà qu’ils se mettent à agresser, au nom de droits imaginaires et foutraques, tous ces indifférents bienheureux auxquels ils reprochent amèrement de ne leur avoir rien demandé. Et lorsque ces tristes gens, convaincus de cette importance qu’on ne saurait leur dénier sans mériter des noms d’oiseaux, se réunissent et se regroupent, ils se haussent encore d’importance et prétendent à tutoyer les cieux, les dieux et les déesses, voire à leur marcher carrément sur la gueule ; et les voici qui exigent, ou aimeraient exiger, mais qui, n’ayant vraiment de pouvoir autre qu’imaginaire, se résolvent à pré-coniser — dans l’espérance que d’autres, donc, bientôt, détenteurs putatifs de je ne sais quelle once de pouvoir, coniseront.

J’ai donc parcouru à grande vitesse le document, rédigé en post-français inclusif, intitulé Préconisations, fruit du travail d’une bonne centaine d’acteurs culturels réunis en juillet, à La Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, pour des États Généraux des Écrivaines et Écrivains de Théâtre.

Ce document extraordinaire, synthèse de « table ronde » après synthèse de « table ronde », bat en quelque sorte un record d’enfonçage de portes ouvertes donnant tout droit sur le néant. On y apprend que n’importe quel texte de théâtre, même écrit avec les pieds, appartient, de droit divin, à la littérature ; que les auteurs dramatiques sont mal payés, ce qui est vrai, et qu’il faut donc les payer mieux, ce qui tombe sous le sens, grâce à de l’argent gratuit qu’il faudrait magiquement injecter dans le système puisqu’enfin il serait juste et bon que l’État conise nos préconisations, et fissa ; qu’il faudrait qu’il y ait des auteurtrices absolument dans toutes les salles de spectacle — quitte à calquer les résidences sur le modèle des EHPAD (Établissement-Hôpital Psychiatrique pour Auteurtrices Dramatique.sses) — parce que ce qui s’y produit n’est pas encore assez chiant et idéologiquement pur, et que la diversité culturelle n’est pas encore assez uniforme ; qu’il y a toujours moins, hélas.se, d’autrices (sic) que d’auteurs et que le théâtre français ne sera sauvé, quelques tombereaux de rances et délicieux navets bios qu’on y trouve, que lorsque la parité parfaite sera enfin descendue des ciels ministériels ; qu’à ce titre encore, il serait bon que les auteurs et autrices vivants et vivantes colonisent les programmes de l’Éducation Nationale et remplacent, à marité bien sûr, les auteurs morts qui-z’écrivent même pas comme nous qu’on parle, en plus, ces ringards, sans compter que Molière ne se déplace plus depuis un moment à la rencontre de collégiens et lycéens quasi-analphabètes qui parlent comme rédigent Claudine Galéa (récente lauréate du Grand Prix de Littérature Dramatique Jeunesse 2019) ou Guillaume Poix ; que tout cela, cerise sur l’étouffe-chrétien qu’apporte la « table-ronde monochrome », manque d’auteurtrices racisés et racisées représentant la diversité des taux de mélanine présents chez les susmentionné.es, à croire qu’il serait bon qu’on établisse un jour le taux de mélanine moyen des citoyens français, lequel servirait de mètre-étalon au taux de mélanine moyen des auteurtrices parimarités superdramatiques de théâtre idéologiquement supergénial, wesh.

On le voit, c’est merveilleux. Si on ne sauve pas le théâtre français avec ça ! Si, avec quelques millions d’euros de plus, on n’arrive pas à vendre trois ou quatre bouquins de plus de théâtre qui n’intéressent personne et à faire défiler des publics scolaires plus captifs que captivés devant des éditoriaux d’extrême-gauche mis en dialogues foutraques !

*

Je plaisante.

Je préfère le préciser.

Surtout, je me récite comme des mantras les vers de Baudelaire cités plus haut ; cela me détend.

*

Je pensais en avoir fini, quand, tout à coup, j’ai découvert, grâce à tel article de notre révéré rédacteur-en-chef, que les acteurs, eux aussi, se mettaient aux revendications — il était temps ! — et qu’ils entendaient bien ne pas laisser les seuls auteurtrices de théâtrage pédaler dans le néant, et qu’ils voulaient, eux aussi, leurs États Généraux !

Les acteurs à l’origine de cette nouvelle usine à gaz, et qui, sans elle, seraient à jamais demeurés inconnus de ma pauvre personne, ont d’ailleurs immédiatement fait preuve de davantage d’humour, puisque l’acronyme des « Actrices Acteurs de France Associés », AAFA semble judicieusement calqué sur l’AAAAA (Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique) ; disons au moins autant que sur je ne sais quel groupement d’acteurs américains.

Le rêve, américain lui aussi ?, des acteurs à la tête de l’AFAA est, si je comprends bien, de convaincre le ministère de la Culture de créer une carte professionnelle d’acteur. « On pourrait imaginer à l’avenir, si cette carte existait, qu’un projet ne pourrait recevoir de subventions sans inclure un certain nombre de comédiens engagés à l’AAFA, à l’instar de ce qui se fait aux États-Unis avec le Syndicat Actor Guild (SAG-AFTRA). »

Nous allons vers un monde culturel grisant où les acteurs, comme les prostituées jadis et les journalistes aujourd’hui, seront encartés ; où les auteurs dramatiques autorisés dans le service public seront élevés en batterie dans des écoles où ils sortiront avec une indépendance d’esprit accrue par le formatage idéologique au décalage millimétré ; où tout le monde ne pourra exercer que dûment diplômé par la puissance publique. Ce sera superchouette !

Molière reviendrait dans dix ans qu’il serait interdit d’exercer.

*

On peut toujours attendre que quelqu’un ait quelque chose à dire d’intéressant sur le jeu, l’intelligence de la scène et du texte (je proposerais bien de s’y coller à mon ami Joël Lokossou, ça changerait des bouillies prétentieuses) …

Ou alors, contre toute attente, on peut tomber, dans une émission de télévision grand public et idiote, sur un Fabrice Luchini très en verve et faisant ce qu’aucun auteur bientôt ne sera capable de faire…

Pascal ADAM

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Avec un goût prononcé pour le paradoxe, la provocation, voire la mauvaise foi, le dramaturge, metteur en scène et comédien Pascal Adam prend sa plume pour donner un ultime conseil : « Restez chez vous » ! Tel est le titre de sa chronique bimensuelle, tendre et féroce, libre et caustique.



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