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Femmes du monde : Occident et Côte d’Ivoire, entre féminisme et ESS

Femmes du monde : Occident et Côte d’Ivoire, entre féminisme et ESS
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Spécialiste de l’économie sociale et solidaire (ESS) en France, le statisticien Philippe Kaminski a notamment présidé l’ADDES et assume aujourd’hui la fonction de représentant en Europe du Réseau de l’Économie Sociale et Solidaire de Côte-d’Ivoire (RIESS). Il tient depuis septembre 2018 une chronique libre et hebdomadaire dans Profession Spectacle, sur des sujets notamment en lien avec l’ESS.



[Tribune libre*]

Si j’avais trente ans aujourd’hui, tout en retrouvant le caractère fougueux et impulsif que j’avais à cet âge, il est fort possible que la pression féministe d’aujourd’hui m’aurait fait sortir de mes gonds et m’aurait tenu durablement éloigné de la compagnie des femmes. Je ne vais pas plus loin dans l’uchronie car, si le poids des ans m’a doté d’une grande capacité de recul et d’indifférence face aux absurdités de notre monde, il reste dans cette affaire un sujet qui continue de me faire enrager.

Nos modernes Bélise, Philaminthe et autres Méduses qui font la loi dans les médias, les ligues de vertu et les organisations internationales tiennent en effet pour certain que le roman historique qu’elles se sont fantasmé, et qui tient pour l’essentiel d’une image mythifiée de la famille bourgeoise du dix-neuvième siècle occidental, s’applique de manière universelle à toutes les femmes du globe, ce qui justifie d’en faire une minorité homogène opprimée (minorité représentant, tout de même, la moitié de la population mondiale).

Ce faisant, on voit les organismes de coopération, l’ONU et ses multiples pseudopodes, les ONG de toutes provenances, multiplier dans chaque pays « en développement » des programmes visant à « libérer les femmes », à leur apporter autonomie, éducation, capacité d’entreprendre et autres vertus dont, bien entendu, la domination masculine les a jusqu’ici tenues à l’écart. Et l’Économie Sociale, ou du moins ceux de ses porte-parole prompts au suivisme, enfourchent ce cheval de bois en faisant de la parité et des théories du genre un dogme indépassable.

Pour ma part, je me garderais bien de parler des pays que je ne connais pas, de ceux où je ne suis jamais allé ou a fortiori de ceux que je n’ai aucune envie de découvrir. Mais je puis parler de la Côte-d’Ivoire, car j’y vais souvent et j’en représente le réseau d’Économie Sociale en Europe. Et je puis témoigner du fait que dans cette nation aux soixante-dix ethnies, chacune possédant sa langue et ses coutumes, l’Économie Sociale est presque partout le fait de femmes, qui dirigent, gèrent, innovent et entreprennent, et qu’elles le font naturellement et depuis toujours, sans attendre qu’une monitrice occidentale vienne leur montrer comment se libérer et devenir autonome.

*  *  *

Ces Ivoiriennes, pas plus que leurs grand-mères, n’ont connu la famille mise en scène par Feydeau ou haïe par Gide. Elles savent de façon innée que si elles ne se prennent pas en charge, nul ne le fera à leur place. Cependant il existe à Abidjan, dans un nouveau quartier, un bâtiment de l’organisation « ONU Femmes » que j’ai découvert par hasard. Son entrée est barrée par un grand portail métallique qui ne s’ouvre que pour laisser passer les voitures : des Porsche 4×4 dernier modèle, conduites par des armoires à glace qui font sans doute l’aller retour entre leur bureau et leur salle de culturisme. J’ai rapidement calculé que chacun de ces engins doit coûter plus cher que ce qu’un Ivoirien moyen gagne pendant toute sa vie. Quant aux murs d’enceinte, ils sont surmontés par des entrelacs de barbelés dissuasifs : les femmes y sont bien gardées !

Mais le pire c’est que, ayant pris l’habitude de faire un détour pour passer devant la bâtisse chaque matin, je n’y ai jamais vu entrer ou sortir aucune femme. Toujours les mêmes gardes baraqués, mais personne d’autre. Je n’ai pas investigué davantage. Mais j’ai rencontré peu après, à Bruxelles, des dames patronnesses fières de leurs fonctions officielles, à Genève, au sein de « ONU Femmes ». Elles n’avaient pas l’air méchant, d’ailleurs, et m’ont remis quelques luxueuses plaquettes. Comme quoi, le « femmes business » n’est pas perdu pour tout le monde.

*  *  *

Et les hommes, dans tout cela, me direz-vous ? Eh bien dans l’ensemble, ils ne sont pas brillants. Je laisse aux savants le soin de distinguer selon les ethnies et leur histoire, d’établir les nuances et les classifications qui conviennent. Certes, j’ai aussi rencontré des hommes fiers, dominants, efficaces et respectés. La polygamie est en voie de disparition, mais on rencontre fréquemment des fils ou petits-fils de chefs de village polygames, devenus riches chefs d’entreprise, ayant transmis leur nom à des fratries de quinze ou vingt garçons. Ces caractères existent ; cependant ils n’effacent pas cette impression générale d’une jeunesse masculine avachie, dont la seule ambition professionnelle semble être d’occuper un poste dans l’administration, d’y parasiter et d’y attendre l’occasion de puiser dans la caisse.

La Banque mondiale, les organismes d’aide ou de coopération et les ONG auront beau dénoncer la corruption comme un fléau moralement indéfendable, celle-ci n’est pas prête d’être éradiquée tant que les mentalités resteront ce qu’elles sont. Pour ces jeunes comme pour leur aînés depuis un bon siècle, la hiérarchie de la réussite sociale est comme le losange de Renault : au sommet, la situation la plus enviable, la plus enviée, est celle de l’homme qui réussit à gagner beaucoup d’argent sans travailler. En bas, dans le tréfonds du mépris, sont les malheureux qui doivent trimer et qui restent sans le sou. Et au milieu, de chaque côté du losange, à égalité de considération, celui qui gagne de l’argent en travaillant, et celui qui ne gagne rien mais qui ne travaille pas non plus, le premier n’ayant aucune prévalence sur le second.

C’est plutôt vers l’éducation des garçons que les programmes internationaux d’aide devraient se focaliser ! Qu’on laisse les filles diriger le pays, et tout ira mieux, Économie Sociale comprise.

*  *  *

Ouais. Il y a des Ivoiriennes qui sont précieuses et ridicules. Il y a, heureusement, des Françaises et des Européennes qui sont charmantes, intelligentes, lucides et courageuses. Mais les Ivoiriennes qu’on voit le plus sont des merveilles de labeur, de gentillesse, de sincérité et de volonté, tandis que les Occidentales qu’on entend le plus sont des pimbêches, des mégères et des enquiquineuses. Devinez vers lesquelles vont mes préférences.

Philippe KAMINSKI

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* Faut-il le rappeler ? Les tribunes libres n’engagent que leurs auteurs, dans la limite du respect de la loi.



 

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