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ESS & Culture (1) – Hugues Sibille : « Le monde culturel est séparé de celui de l’économie sociale »

ESS & Culture (1) – Hugues Sibille : « Le monde culturel est séparé de celui de l’économie sociale »
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Le 14 novembre dernier, le Labo de l’ESS organisait une première rencontre publique autour des questions culturelles. Près d’une dizaine d’intervenants – universitaires, acteurs locaux, conseillers culturels – se sont succédé tout au long de l’après-midi, pour apporter leur éclairage propre à cette problématique spécifique. Profession Spectacle s’en fait l’écho, sans (encore) commenter, par la publication d’une série de retranscriptions des différentes interventions.

Expert auprès de la commission européenne au sein du GECES depuis 2012, Hugues Sibille est président de la Fondation Crédit Coopératif ainsi que du Labo de l’ESS depuis 2015.

Le Labo de l’ESS (économie sociale et solidaire) a été créé par Claude Alphandéry il y a sept ans. Ce think tank, « mot à prendre avec précaution », précise son directeur actuel Hugues Sibille, en introduction de la rencontre, organise en juin 2011 les États généraux de l’économie sociale et solidaire.

Un foisonnement en attente d’écoute

Le Labo se veut en effet non seulement un organe de réflexion, mais également d’action ou, du moins, de valorisation des actions menées par les acteurs de l’économie sociale et solidaire. « On n’est pas que dans la pure matière grise ». Le Labo de l’ESS ne veut pas être, poursuit Hugues Sibylle, « un think tank qui réunit des grosses têtes à Paris, mais être un endroit où l’on part d’abord de ce que font les gens sur le terrain, dans les territoires… ».

« On a l’impression que ce foisonnement qu’il y a sur le terrain a du mal aujourd’hui à monter, à être entendu, repris par les dirigeants politiques, économiques, syndicaux. » Le Labo souhaite ainsi donner à voir et promouvoir ces initiatives pour accroître leurs effets.

Au printemps dernier, une réflexion a été entamée par le Labo sur le thème de la culture. « Ce monde culturel assez séparé du monde de l’économie sociale et solidaire, alors qu’il y a des problématiques qui me semblent assez communes. » L’enjeu est donc de faire en sorte que les uns et les autres se parlent, se rapprochent et échangent des bonnes pratiques.

Cinq axes de travail définis

Le 25 avril dernier a été organisée une première rencontre en comité restreint, au cours de laquelle cinq axes de travail ont été tracés.

1) La territorialisation accrue des projets : articulation des activités culturelles et plus largement du développement territorial.

2) Le passage de la démocratisation à la démocratie portée par les droits culturels, « c’est-à-dire le fait qu’on ne soit pas simplement un nombre de consommateurs culturels mais que, dans le fond on exerce un droit culturel, donc une démocratie réelle et non formelle ».

3) De nouveaux modes de gouvernance.

4) La multiplication des coopérations entre acteurs. « C’est difficile de s’en sortir seul. Il y a des problèmes non seulement économiques, mais également de coordination de ce qu’on fait dans un territoire ou entre différents types d’activités. Si on retrouve ce sujet de la mutualisation et de la coordination un peu partout dans l’économie sociale et solidaire, cela vaut aussi pour le secteur culturel. »

5) Le renouvellement des modèles économiques. « Globalement, le secteur culturel est aussi confronté à des problèmes de mutation du modèle économique. J’en veux pour preuve que 20 % des associations qui sont accompagnées par les dispositifs locaux d’accompagnement (DLA) sont dans le secteur culturel, ce qui est tout à fait considérable et qui montre un besoin d’accompagnement fort pour essayer de trouver des modèles économiques, dans la mesure où l’État et les collectivités territoriales sont moins présents. Hélas, assez souvent, les coupes budgétaires tombent en premier sur le secteur culturel, ce qui fragilise ces modèles économiques. »

Un secteur associatif majeur

Après l’énoncé de ces cinq axes, Hugues Sibille a lu un message de la ministre de la culture Françoise Nyssen, transmis par son cabinet.

« Le secteur associatif est un acteur majeur dans le champ culturel. On dénombre environ 300 000 associations culturelles, dont plus de 10 % emploient des salariés. La majorité de ces associations évoluent dans le secteur du spectacle vivant. Ces associations culturelles emploient 162 000 personnes, dont 52 % de femmes, 30 % de salariés en CDI et 65 % de diplômés niveau Bac+2. Ces associations concourent largement à la politique culturelle du ministère de la culture, notamment dans le domaine de la création et de la transmission, et leur dynamisme est essentiel. Dans le cadre de la semaine des associations portée par le gouvernement la semaine dernière, j’ai pu me rendre à Bagneux, au sein de l’association du Plus petit cirque du monde, qui constitue un exemple associatif réussi en termes de démarche participative et d’implication du citoyen, au service de l’éducation des enfants et des jeunes. Dans les semaines qui viennent, je prendrai connaissance avec intérêt de vos travaux, suivrai avec attention les liens qui se développent entre le monde culturel et celui de l’ESS, et qui peuvent être porteurs de solutions intéressantes. »

Et le président du Labo de l’ESS de conclure : « Nous avons le sentiment d’être encore dans les débuts d’un travail sur la relation entre le monde culturel et le monde de l’économie sociale et solidaire ». Une impression que partage également Profession Spectacle.

Propos retranscrits par Élodie NORTO et Pierre MONASTIER

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  • Bernard Latarjet, conseiller culturel, auteur d’un rapport sur ESS & Culture pour la Fondation Crédit Coopératif
  • Stéphanie Thomas, présidente de l’Ufisc

Atelier modéré par Pierre Monastier, rédacteur en chef de Profession Spectacle.



Hugues Sibille (crédits : Pierre Monastier / Profession Spectacle)



Crédits de toutes les photographies : Pierre Monastier / Profession Spectacle



 

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